Sous le titre générique d’Un concile, Jean-Pierre Neri rassemble depuis septembre 2005 des travaux sur toile et sur papier dont l’unité de sens est manifeste : œuvres construites sur les concepts de réunion, d’échange, de complémentarité, d’harmonie et de sacré.

A l’origine de cette série, la toile des Pénitents semble une variation sur le thème de la Cène. Mais, ici, se dressent sur bas relief six personnages hiératiques aux visages vieil or dont les regards divergent, comme soustraits au monde. Un seul d’entre eux a la tête nimbée. Les bustes, blanches colonnes tronquées, s’achèvent en encarts de blonds tessons de poterie ancienne, de fines ciselures, de précieuses écailles - signe discret du poisson christique -. Le mince relief de plâtre prend place sur le granité de la toile, préparée à l’enduit mêlé de sable. C’est peut-être le même motif, réduit en nombre et en format, qui est repris sur papier glacé où apparaissent, cette fois, trois êtres dont les faces lunaires, orientées vers l’ouest, le sud, et l’est, conservent le même aspect mystérieux et sacré.

Si le titre Sommes-nous bien ce que nous sommes ? ouvre de façon universelle la question de l’identité, la parenté psychologique de ces individus avec les pénitents s’impose : ils sont en phase d’expiation, sur la voie d’un état plus serein. Toutes les autres œuvres de la série, que ce soit sur toile ou papier, attestent de cette harmonie enfin trouvée …dans la réduction au chiffre deux, dans l’épuration des formes, dans la sexuation aussi, puisque, là, masculin et féminin se côtoient enfin ou s’imbriquent, nettement identifiables.
Personnages clefs, serrures ou verrous, la cage thoracique de l’un des deux s’ordonne toujours en une superposition de brefs tiroirs. A quoi tient le caractère profondément paisible de ces couples ?
A l’alliance des contraires, semble-t-il : le graphisme épuré transcende la dichotomie figuration/ abstraction, de même qu’est ici dépassé le péril chimique du voisinage de médiums différents : fluidité grasse de l’huile et netteté sèche de l’ acrylique.
La superposition des diverses couleurs, discernable sous les transparences, travaillée au couteau et à la fine spatule, tient de la technique de la laque chinoise. Le caractère indéniablement mystique de cette série s’inscrit dans la continuité de certains précédents travaux de Jean-Pierre Neri.

La série exposée en 2002 sous le signe du poisson et de l’amphore antique, révélait déjà une interrogation sur le christianisme, réduit- dans l’occident méditerranéen-, à un état aussi fragmentaire que les terres cuites anciennes : les tessons, signifient aussi « témoins ». Intérêt pour les vestiges également lisible dans la série Traces, assorti de la prédilection pour le graphisme épuré de l’art pariétal préhistorique. Ces traces témoignent du désir de faire échec à l’éphémère, et de s’approprier ainsi une part de l’éternité, du divin. Dans Un concile, Jean-Pierre Neri -qui se défie du religieux pour ce qu’il peut impliquer de fanatisme et de totalitarisme- confirme donc un attrait net pour le sacré.

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série "UN CONCILE"